Bolivie : premier circuit, premières galères, premier amour…

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Eric Quillevere - Terra Group
 
 
 
 

Par Eric Quillevere, guide pour Terra Andina Bolivia en 2000.

 
 
 
 
 

 

 

C’est juste après mon premier circuit en tant que guide que je gagnais le surnom de “superguide”.

Sincèrement, quelques années plus tard, ça collait plutôt bien.

Sur le coup, il y avait sans doute un peu d’ironie là dessous …

 

Le Salar d’Uyuni est un désert de sel perché a 3650 mètres d’altitude. Sa superficie, 12 000 km2, et sa régularité, en font la surface plane la plus grande du monde.
 
C’est un endroit hallucinant, unique, exceptionnel, où l’on perd toutes notions d’espace et de distances.

Le Salar d’Uyuni portait originellement (bien avant que la ville d’Uyuni n’existe) le nom du volcan qui le domine, le Tunupa. Au pied du Tunupa, en bordure du Salar, se trouve le petit village de Jirira et une famille délicieuse qui vit dans cet endroit charmant.
 
C’est devenu l’une de mes étapes préférées (et je crois qu’elle l’est pour la majorité des guides de Terra Andina) car Doña Lupe, Don Carlos et leurs enfants nous accueillent chaque fois avec autant de plaisir, et il est largement partagé.
 
Les chambres sont disposées autour d’un patio, ornementé d’arbres et de plantes, qui nous procure une sensation de nature et de bien-être au milieu d’un altiplano si aride.

Et puis il y a les enfants, et, autour du puits, des animaux : un chat, des chiens, des poules, un ñandu (autruche sud-américaine) et bientôt une vigogne. Bref c’est un endroit fort agréable et ce fut le théâtre de mes premiers “exploits”.

 

La première étape s’était relativement bien passée, quoiqu’un peu longue, car il s’agissait de rallier La Paz à Jirira par le nord. J’avais dû avouer à mes premiers clients, un couple de New-Yorkais d’une soixantaine d’années, que je ne connaissais pas toutes les portions du circuit que nous allions réaliser. J’entamais seulement ma première saison comme guide touristique et je ne pouvais donc pas connaître tous les circuits que nous proposions à l’époque, j’avais seulement visité deux ou trois endroits en tant que routard quelques mois auparavant.

 

Mes passagers n’étaient pas inquiets du tout, ils étaient venus pour l’aventure et ils allaient en avoir !

Nous quittons donc La Paz par la seule route qui monte du centre de la ville jusqu’à El Alto, la partie haute de La Paz et aussi la plus pauvre, et qui dessert ensuite tout le pays.

Il y a tout de suite une première bifurcation : une route qui part à l’ouest vers le lac Titicaca et la frontière péruvienne, et celle que nous empruntons, cap au sud, sur une centaine de kilomètres, jusqu’à une seconde intersection, où nous prenons la route qui mène, toujours vers l’ouest, au parc national de Sajama et la frontière chilienne.

Cette route descend jusqu’aux plages du Pacifique, à 400 kilomètres de là. Dans un premier temps on atteint le parc de Sajama et son volcan du même nom, point culminant de la Bolivie (6542 m), on ne se trouve plus alors qu’à dix minutes de la frontière. De l’autre côté c’est le Chili, l’altiplano tout d’abord puis la grande descente vers Arica, la ville la plus au nord du Chili, au niveau de la mer. Près de 5000 mètres de dénivelé en moins de trois heures !

Cette route, régulièrement entretenue, est la meilleure de Bolivie. Elle fut financée par l’état chilien pour faciliter les échanges commerciaux entre les deux pays ; en fait pour compenser l’accès à la mer perdu par les Boliviens lors de la guerre du Pacifique en 1879 …

 

Mais revenons à la route principale où nous nous trouvons, l’axe nord-sud. Quelques kilomètres avant d’arriver à la ville d’Oruro, nous laissons sur notre gauche la route qui part vers les vallées et continue jusqu’à l’Oriente, c’est de cette route que l’on débouchera pour boucler notre tour dans une semaine si tout va bien.

Nous traversons à présent Oruro, ancienne ville minière réputée aujourd’hui pour son carnaval, le deuxième plus fameux du continent sud-américain après celui de Rio de Janeiro. Une heure et demie de route supplémentaire et nous voici à présent à Challapata, nœud routier entre le département d’Oruro et celui de PotosÍ.

La route asphaltée continue vers la ville de PotosÍ mais elle se termine pour nous. La piste, et avec elle l’aventure, peuvent alors commencer.

Jusqu’ici, rien de plus facile, nous étions sur l’axe le plus fréquenté du pays, régulièrement ponctué de stations-essence et de panneaux indicateurs. Rien de tout ça à présent pour rejoindre le Salar d’Uyuni : plus que de la piste, de la poussière et encore de la poussière.

Après avoir fait le plein à Challapata et déjeuné dans un petit restaurant du village, nous nous remettons en route vers Huari, toute proche. C’est une petite bourgade (où se fabrique l’une des meilleures bières du pays), la dernière trace de civilisation avant le désert.

Peu après il ne faut pas rater l’embranchement qui part vers le nord du Salar sous peine de se retrouver à Uyuni.

 

A partir de là, ce n’était en fait plus très difficile, il suffisait de suivre la piste principale ; mon seul problème était de savoir quand nous allions atteindre le village de Jirira pour voir enfin à quoi il ressemblait.

A l’approche du volcan Tunupa, après environ trois heures de route depuis notre pause déjeuner, je commençai à m’arrêter à chaque village pour me renseigner sur la route à suivre et sur le temps qu’il fallait pour atteindre Jirira.

Ce fut chose faite à la tombée de la nuit, il était temps.

 

Nous voici donc chez Doña Lupe et Don Carlos, pas mécontents de savourer une soupe bien chaude auprès du poêle. Je sentais déjà que ces gens-là allaient devenir de bons amis, je me sentais en confiance chez eux.

Après avoir couché mes Américains, ravis de leur première journée, je passai une bonne partie de la soirée à faire connaissance avec la famille Nina.

 

C’est le lendemain que les choses sérieuses commençaient : il fallait à présent traverser ce fameux Salar pour atteindre Uyuni, notre deuxième étape. Fabrice, directeur de l’agence Terra Andina, m’avait dit en m’envoyant sur ce tour “tu verras c’est facile, il n’y a qu’à suivre les traces”.

C’était sans compter qu’après la saison des pluies (nous étions au mois de mars) les traces ne sont plus aussi nettes.

J’étais tout de même équipé d’un G.P.S qui me servait essentiellement à suivre un cap, je savais donc à peu près où j’allais. A peu près, car en déviant d’un ou deux degrés sur plusieurs dizaines de kilomètres on se retrouve vite éloigné de son but. Je m’en rendis compte en voyant la “côte” s’approcher de plus en plus sans apercevoir la seule sortie praticable, près du village de Colchani.

Ce n’était pas très grave, me dis-je : il suffisait de longer le bord du Salar vers l’ouest jusqu’à trouver le terre-plein qui mène à la terre ferme…

Nous étions malheureusement très près du bord, à l’endroit où la couche de sel est plus fine et plus fragile (je rappelle que nous sommes juste à la fin de la saison des pluies).

Trop près : seulement quelques minutes après avoir mis le cap à l’ouest , nous voila plantés, et bien plantés ! Quatre roues motrices ou pas, elles tournent toutes dans le vide, ou plutôt dans la glaise.

Alors on sort la pelle et on commence à creuser, et on creuse encore pour atteindre le dessous des roues, et on n’y arrive jamais. De toutes façons, même si nous y étions parvenus, nous n’étions pas équipés de grilles de désensablement : à part les tapis de sol de la voiture et ma veste, nous n’avions rien à mettre sous les roues. Quand on se plante sur l’Altiplano, il y a toujours des arbustes ou un peu de végétation : mais sur le Salar, il n’y a rien… désespérément RIEN !

Au bout de deux heures d’efforts , il fallut nous rendre à l’évidence : on n’en sortirait pas sans aide. Je décidai donc de partir seul chercher du secours.

 

Je ne savais pas ce qui m’attendait, je n’avais aucune idée ni du temps qu’il me faudrait ni de la distance à parcourir à pied pour trouver quelqu’un qui pourrait nous sortir de là. J’ai seulement dit à mes deux passagers : “Don’t move, I’ll be back before the night”.

Il était treize heures.

 

Leur laissant le peu d’eau et les quelques galettes qu’il nous restait, j’entrepris de longer le bord du Salar pour atteindre Uyuni le plus tôt possible afin de pouvoir revenir les chercher avant la nuit, pensais-je.

Sept heures plus tard, il faisait déjà nuit et j’atteignais seulement le premier hameau habité : trois maisons, deux vélos, une dizaine de personnes (enfants compris) … et un camion, c’était ma chance !

J’expose la situation au propriétaire du camion mais il me répond que pour rien au monde il ne rentrera sur le Salar, de nuit qui plus est, pour aller secourir un 4×4 qu’on aurait d’ailleurs beaucoup de mal à retrouver.

A force de persuasion, il est quand même d’accord pour m’amener jusqu’à Uyuni moyennant une poignée de dollars, c’est tout de même à deux heures de route (pour une cinquantaine de kilomètres).

Il est 23 heures lorsque nous atteignons Uyuni, endormie depuis longtemps. Je ne me sens pas bien du tout : je suis exténué, et je sais qu’il est maintenant trop tard pour entreprendre quoi que ce soit avec des chances de succès.

Par-dessus tout, j’imagine l’angoisse de mes clients, perdus dans l’immensité obscure et glaciale, et qui ne me voient pas revenir…

Je me résigne à dormir à l’hôtel , pendant qu’eux passeront la nuit dans la voiture.

 

Si cette mésaventure m’était arrivée deux ans plus tard, je n’aurais eu aucun mal à trouver de l’assistance à Uyuni pour y être allé maintes fois depuis, mais surtout pour y avoir ouvert “La Loco” premier bar digne de ce nom, en 2002.

Mais à l’époque des faits, Terra Andina débutait à peine, et nous n’avions encore aucun contact dans cette ville éloignée de tout et cependant très touristique en raison de la proximité du Salar.

 

Le lendemain, je me lève aux aurores, il faut désormais agir au plus vite.

J’entreprends donc de sonner à la porte de plusieurs agences (il y en a une trentaine à Uyuni) pour demander de l’aide et trouver un 4×4 qui m’aidera à désembourber le mien, et les membres de l’une d’entre elles acceptent sans hésitation.

Ils me disent que ce n’est pas la première fois qu’ils vont effectuer un sauvetage de la sorte, ils savent comment sortir la voiture : ça c’est la bonne nouvelle.

Mais ils me disent aussi, et cette nouvelle-là est plus inquiétante, que des véhicules sont déjà restés plantés en différents endroits du Salar et que des gens y ont même laissé leur peau… il faut se dépêcher avant qu’il ne soit trop tard !

 

Alors en route, avec tout l’équipement nécessaire, il faut les retrouver au plus vite et ce ne sera pas une mince affaire. Dans ce désert extrêmement plat on ne distingue rien avant d’être à quelques kilomètres de l’objectif : ça ne va pas être facile, d’autant que le véhicule que nous recherchons est de couleur blanche.

 

Ils suivent le cap que le leur ai indiqué, pendant que, debout sur le toit du 4×4, je scrute l’horizon qui se confond avec le ciel.

Rien, toujours rien, que du blanc, ah … peut-être que … non, c’est un mirage. Avec obstination, on continue d’avancer et soudain, je crois apercevoir la Vaca (c’est le surnom de notre Toyota Land Cruiser).

On s’approche encore un peu plus, cette fois c’est sûr, c’est elle, ouf quel soulagement !

Soulagement oui, mais de courte durée : le 4×4 est vide, plus personne à bord… noooooooon, c’est pas vrai !

Rien qu’une note sur le pare-brise, en anglais : “Les clés sont dans le pot d’échappement, il est 10 heures, nous partons vers le volcan Tunupa, nous n’avons plus d’eau, nous espérons te revoir très bientôt”.

Message laconique, qui me fait froid dans le dos : à pied, dans ce désert, sans eau, sous cette chaleur, dans quel état vais-je les retrouver ? Vais-je seulement les retrouver?

 

Je leur avais bien dit de ne quitter le véhicule sous aucun prétexte ! Mais je peux aussi comprendre qu’après 21 heures d’attente ils aient perdu patience ; l’espoir, ou le désespoir, a ses limites, non ?

En tous cas ils ont eu la présence d’esprit de se diriger vers le seul repère visible, même s’il est à soixante kilomètres de là, le volcan Tunupa.

 

On va les retrouver, il faut qu’on les retrouve ! Mais sans perdre une seule minute, chacune d’elle compte, car à cette heure du jour le soleil tape fort et, sans eau, la réverbération sur le sel peut vous déshydrater en très peu de temps… brrrrr, je préfère ne pas y penser.

On fonce en direction du volcan ; ils ne marchent que depuis une heure, on devrait les rattraper assez vite. Par bonheur, cinq minutes plus tard, la jonction est faite : embrassades, pleurs, joie, soulagement, délivrance… toutes les émotions défilent, ça restera le moment le plus fort de cette semaine passée ensemble, l’instant que nous n’oublierons sans doute jamais.

 

Ils sont à la limite de l’épuisement, la peau desséchée, ils ont besoin de repos au plus vite, une bonne douche, un bon repas, un bon lit…

Cap sur Uyuni donc, pour la voiture on verra après, c’est accessoire, de toutes façons on a perdu un jour, maintenant on a toute l’après-midi pour la sortir : tout le monde est sauf, voila bien l’essentiel.

 

Sur la route du retour, ils se remettent doucement de leurs émotions, adressent des mots de remerciement à leurs sauveteurs dans un espagnol approximatif. Pour le récit détaillé de leur épreuve on verra demain : je les installe à l’hôtel, leur indique le plus proche restaurant et leur promets cette fois-ci d’être de retour avant la nuit, “see you tonight”.

 

A nouveau une heure et demie dans l’autre sens et nous retrouvons la Vaca qui nous attend, sagement posée sur ce désert blanc. Il est maintenant l’heure de se retrousser les manches. La technique est simple quand on l’a pratiquée plusieurs fois et qu’on dispose du matériel nécessaire (un tronc solide comme bras de levier, une bouteille de gaz -vide- comme appui et des planches ou des pierres à glisser sous les roues) : on place la bouteille de gaz couchée devant la roue et on insère le tronc sous le moyeu en prenant appui sur la bouteille ; en exerçant le poids de deux ou trois hommes au bout du bras de levier, on arrive ainsi à décoller la roue de quelques centimètres et à y introduire une planche de bois. Une fois l’opération répétée pour chaque roue, le véhicule est normalement prêt à sortir.

 

J’aurai plus tard l’occasion de réitérer une telle opération lors d’un “plantage” dans le Rio Grande avec deux couples de profs (de maths), expérience nettement moins heureuse lorsque cela se passe avec des clients qui se plaignent de tout, comme par exemple de la taille de leur serviette de toilette à l’hôtel…

Nous perdrions également un jour cette fois-là, mais ils dormiraient tout de même à l’hôtel et feraient une petite balade le lendemain, tandis qu’avec un habitant du village de San Cristobal, nous passerions quatre heures dans l’eau glacée à soulever le 4×4 centimètre par centimètre…

 

Sur le Salar, nous avions bien un câble à accrocher à l’autre 4×4 mais pas assez long pour sortir de la zone sensible, il aurait donc été imprudent de le faire approcher davantage sans risque de l’embourber lui aussi. Mais les 4 roues motrices et les 4000 cm3 du moteur ont suffi à l’arracher à son piège blanc, une centaine de mètres à fond en première et … retour au sec, c’était gagné !

La Vaca n’a pas l’air d’avoir trop souffert, un bon lavage sera suffisant pour lui ôter sa corrosive croûte de sel et lui redonner une nouvelle jeunesse.

 

C’est le lendemain, sur la route de PotosÍ, que mes deux clients m’ont avoué avoir commencé à rédiger leur testament. Leur nuit dans la voiture fut un vrai cauchemar.

Après avoir passé une bonne partie de la journée en plein soleil, ils virent chuter la température dangereusement : l’amplitude thermique entre le jour et la nuit peut atteindre 40° Celsius.

Ayant terminé le reste d’eau au cours de la journée, et sans quasiment plus rien à se mettre sous la dent, ne me voyant pas revenir à la tombée de la nuit, Veronica commença à écrire une lettre à ses enfants…

Le froid était de plus en plus intense, ils n’étaient pas équipés de sacs de couchage puisque seules des nuits à l’hôtel étaient prévues sur ce circuit.

Lorsque nous partons en expédition dans le Sud Lipez ou “hors sentiers battus” nous emportons avec nous tout le nécessaire de bivouac, de la nourriture, de l’eau en grande quantité, de l’essence en réserve, bref nous sommes totalement autonomes mais là, ce n’était pas le cas.

Mes deux pauvres Américains se sont donc blottis l’un contre l’autre, mettant en marche de temps en temps le moteur de la voiture pour avoir un peu de chauffage et se réconfortant moralement pour garder l’espoir de ne pas finir leurs jours au milieu du Salar d’Uyuni. Ils ne me donnèrent pas de détails quant à la lettre qu’ils avaient écrite à leurs enfants mais ils m’assurèrent que cette expérience leur avait révélé beaucoup de choses importantes et qu’à leur retour ils seraient plus proches d’eux.

Je les ai remerciés de voir le bon côté des choses et de ne pas m’en vouloir pour leur avoir fait vivre cette mésaventure. Bien au contraire, ils me remercièrent à leur tour pour avoir fait mon maximum et les avoir sauvés.

 

Le voyage pouvait donc reprendre son cours dans la joie et la bonne humeur et surtout à présent, avec une certaine complicité. Les cinq heures de piste qui nous séparaient de PotosÍ passèrent très rapidement : la beauté du paysage n’y était pas pour rien certes, et nous avons fait quelques belles photos. Mais nous en avons surtout profité pour beaucoup parler de nos vies respectives.

 

Arrêt déjeuner en cours de route dans un petit village situé de l’autre côté de la cordillère Fraile et nous voici dans la ville du “cerro rico”, la montagne riche.

Au XVIème siècle, PotosÍ était l’une des villes les plus importantes du monde grâce à la quantité phénoménale d’argent contenue dans cette montagne. Dès leur arrivée, les Espagnols se sont accaparés l’exploitation des mines… et des hommes : des milliers d’esclaves sont morts tandis que des bateaux entiers chargés d’argent allaient enrichir le royaume d’Espagne. Aujourd’hui le minerai est plus rare, les conditions d’exploitation n’ont pas beaucoup évolué et l’argent n’a plus autant de valeur. Regroupés en coopératives, les mineurs tentent de survivre, tant par nécessité que par tradition, dans des conditions extrêmes.

La ville de PotosÍ est située à 4000 mètres d’altitude et l’entrée des galeries peut se trouver encore plus haut, à 4800 mètres (le sommet du Mont Blanc !).

La température extérieure est souvent proche de 0°C, voire négative, mais à l’intérieur il règne une forte chaleur et les mineurs travaillent torses nus. Seulement équipés d’un casque et d’une lampe, c’est grâce aux feuilles de coca qu’ils peuvent supporter de telles conditions. En les mâchant constamment durant les huit à douze heures qu’ils passent dans la mine, ils réussissent à combattre le froid ou la chaleur, la faim et la fatigue.

La visite accompagnée des mines est généralement à notre programme et fait souvent partie des moments forts du circuit. Pour mes deux Américains le moment le plus fort restera évidemment l’épopée du Salar mais la visite des mines les a aussi beaucoup impressionnés. L’autre intérêt de PotosÍ est son musée “Casa de la Moneda” ou “Maison de l’argent”.

C’est en effet ici qu’ont été frappées les premières pièces d’argent avant d’être distribuées dans tout le royaume du Haut Pérou de l’époque puis exportées vers l’Europe. Aujourd’hui, paradoxalement, les billets boliviens sont fabriqués en France.

Le soir, dîner au restaurant-musée San Marcos où l’on peut observer et même manger sur des machines minières de l’époque transformées en tables.

 

Une nuit passée à l’hôtel Jerusalem et nous poursuivons notre route vers Sucre, la capitale de la Bolivie.

La ville de Sucre est très agréable pour son climat : située dans la région des vallées à un peu plus de 2000 mètres d’altitude, il y fait bon toute l’année. De plus elle a gardé son cachet colonial, pratiquement toutes les maisons et autres bâtiments sont blancs, agrémentés de bas-reliefs et de balcons suspendus. Des universités de qualité attirent un grand nombre d’étudiants. Ajoutez à cela d’excellentes spécialités culinaires et voilà un endroit où la qualité de vie est fort appréciée par ses habitants et par les touristes.

Bien que La Paz soit souvent considérée comme la capitale, elle n’est en réalité que le siège du gouvernement et la capitale administrative. Sucre reste la capitale constitutionnelle et donc officielle, même s’il n’y a plus aujourd’hui que la partie judiciaire qui s’y traite, le reste ayant été transféré à La Paz.

Sucre et Bolivia doivent leurs noms à leurs libérateurs venus du Venezuela : Simon Bolivar et Jose Antonio de Sucre, les deux premiers présidents du pays devenu république indépendante en 1825.

 

Il est intéressant de noter que ce premier circuit était très particulier. En efet, nous avons très peu de clients nord-américains : en six ans d’existence de Terra Andina les groupes venant des Etats-Unis se comptent encore sur les doigts de la main, la clientèle de Terra Andina étant essentiellement française et quasi exclusivement européenne.

L’autre caractéristique de ce circuit réside dans le fait qu’il est extrêmement rapide, la moyenne de nos circuits aujourd’hui se situant plutôt entre deux et trois semaines. Or Veronica et son époux avaient choisi de faire cette boucle en une semaine, sans doute limités par le temps.

Et à présent, pour pimenter un peu l’histoire, nous avions un jour de retard sur le programme; nous allions donc devoir faire deux étapes en une, à savoir Sucre-Cochabamba-La Paz dans la journée. En plus de représenter une grosse journée de route, c’est un trajet que je n’avais jamais expérimenté moi-même au volant mais seulement tranquillement assis au fond d’un bus de ligne.

Je n’avais qu’une vague idée du temps que nous allions mettre pour atteindre notre destination. Je les ai simplement prévenus que les arrêts photos allaient être limités : il fallait perdre le moins de temps possible sachant que leur avion décollait le surlendemain matin.

 

Nous partîmes donc très tôt de Sucre ce matin-là. Après une heure de route, une première crevaison commença à empiéter sur notre emploi du temps déjà serré. Je changeai la roue sans trop de problèmes, cela reste un exercice raisonnable à cette altitude, c’est une autre paire de manche lorsqu’il faut le faire sur l’Altiplano à 4000 mètres au-dessus du niveau de la mer.

Mais j’avais à présent une pression supplémentaire : il fallait trouver une “llanteria” (lieu où l’on répare les chambres à air) avant qu’une nouvelle crevaison ne survienne, quoique la piste fût agréable et en assez bon état.

 

Hormis quelques hésitations lors des bifurcations et croisements de routes, je ne m’éloignais pas du bon chemin et j’étais confiant quant à l’horaire d’arrivée.

Nous avons déjeuné à Aiquile, village à mi-chemin entre Sucre et Cochabamba, connexion pour rejoindre Santa Cruz, à l’est. J’en ai profité pour faire réparer mon pneu crevé, il était presque midi. Après quatre heures supplémentaires de conduite je ne fus pas mécontent de voir un panneau indicateur qui annonçait Cochabamba à vingt-sept kilomètres, nous étions à présent sur une route asphaltée.

Je connaissais à peine cette ville qui est pourtant la troisième du pays après La Paz et Santa Cruz. J’avais suffisamment lu pour raconter à mes clients que c’était le jardin de la Bolivie mais je n’en savais guère plus sur les coutumes et traditions de cette région. Je ne parle pas encore Quechua (langue officielle en Bolivie) mais je suis à présent un grand amateur de la chicha et du chicharron, boisson et plat régional, emblèmes de Cochabamba.

Les habitants vivent au rythme des repas, ici toutes les occasions sont bonnes pour faire la fête et bien manger.

Nous y aurions bien passé la soirée (comme prévu) mais il nous restait malheureusement encore deux cent cinquante kilomètres et six heures de route pour remonter sur l’Altiplano et rejoindre La Paz. Nous avons perdu une bonne heure à traverser la ville mais nous nous sommes quand même arrêtés pour manger un bout de poulet, nous avions vraiment besoin (surtout moi) de faire une pause.

A la sortie du restaurant une nouvelle surprise nous attendait, un autre pneu était à plat ! Pour la deuxième fois il me fallut changer la roue et trouver un atelier pour la réparer, l’heure d’arrivée s’éloignait un peu plus.

La route de Cochabamba à La Paz est asphaltée mais c’est un enchaînement de virages à n’en plus finir.

 

La nuit commença à tomber. La fin du voyage devenait pesante, mes yeux aussi d’ailleurs, je devais faire de gros efforts pour ne pas relâcher mon attention. A intervalles réguliers, des bus et camions m’aveuglaient de leurs phares mal réglés ; mes passagers se relayaient pour me faire la causette pendant que l’autre somnolait.

Arrivés au lieu-dit Caracollo, bifurcation où nous retrouvions l’axe nord-sud (Oruro-La Paz), la boucle était bouclée mais il restait encore une ligne droite de 150 kilomètres…

C’est à minuit que nous aperçûmes enfin les lumières de La Paz.

Après être passés devant l’aéroport où j’allais les accompagner quatre heures plus tard, nous sommes descendus dans la ville pour rejoindre l’hôtel. Epuisés, ils m’ont félicité pour l’exploit que je venais d’accomplir et remercié de les avoir ramenés sains et saufs… et à temps.

Après m’être écroulé durant trois petites heures, je les retrouvai dans le hall de l’hôtel pour les accompagner à l’aéroport : ils prenaient leur vol à 06h30.

 

Nous avons échangé nos adresses, je leur ai souhaité un bon retour, ils m’ont donné un excellent pourboire et m’ont dit qu’ils garderaient un souvenir inoubliable de ce voyage. Nous avions tous les trois les larmes aux yeux.

 

Eh bien moi aussi je garde un souvenir impérissable de ce voyage, une expérience de terrain incomparable. Quelle meilleure formation pour commencer le métier de guide d’aventures, n’est-ce pas Fab ?

 

Mais lorsque défilent dans ma tête les images de ce périple, je frémis de peur à l’idée du dénouement bien plus dramatique qu’il aurait pu connaître. Par miracle, cela n’a pas été le cas, et j’en ai tiré une leçon vitale : il faut se méfier du Salar d’Uyuni …

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